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JANET ON THE ROOF

Janet on the roof est un travail chorégraphique créé par Pierre Pontvianne pour la danseuse Marthe Krummenacher.
À travers ce solo le chorégraphe développe une danse à la fois mouvante et picturale, où les glissements imperceptibles des postures et les revirements intenses d’énergie témoignent des bascules que notre monde traverse.

Marthe Krummenacher déploie une infinité d’images, où chaque temps et chaque espace marquent à la fois le désir d’un changement et la sensation d’une fin. Elle plonge le spectateur dans un interstice situé entre stupeur et sidération pour y dérouler une danse hypnotique.

« L’horizon se trouble, le présent se tend, ce qui nous paraissait loin est déjà devant nous. » Pierre Pontvianne


DISTRIBUTION

Chorégraphie : Pierre Pontvianne

Interprétation : Marthe Krumenacher / Pierre Treille


ACCUEILS - RÉSIDENCES

Espace le Corbusier / Firminy

ADC Genève

Ramdam, un centre d'art (pour la fabrication des décors)

 

COPRODUCTION

Avec le soutien du Ballet de l’Opéra national du Rhin - Centre Chorégraphique National / Mulhouse dans le cadre du dispositif Accueil Studio 2016. 

Accueil Studio : Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, direction Yuval PICK

Le Pacifique l CDC-Grenoble


DEPUIS LOIN est un texte écrit par David Mambouch suite à une représentation de  JANET ON THE ROOF.

DEPUIS LOIN

Quelque chose, déjà, se passe. La moiteur écrasante, peut-être. Des spectateurs se servent des programmes de salle comme d’éventails. Je lève les yeux. Le plateau m’a l’air vide. Illusion d’optique, un mur de deux mètres par sept se détache du fond de scène. Est-ce que ça bouge. Le murmure de voix éloignées me parvient. Est-ce que ça crie. À mesure que l’obscurité gagne la salle, les injonctions d’un homme, les hurlements d’une femme, le sentiment d’un drame se fait percevoir. Une catastrophe, lointaine, imminente. Je sens mon corps, qui disparaît. Avec ces autres, là, dans le noir. Toutes choses amenées à se fondre en une seule, au point commun, sécant, de toute existence, ne se trouve alors qu’un seul corps. Pris dans la lumière, face à vous. Instant, saisissement, portrait. L’interprète, solitaire, face à vous. Sa tête pivotant lentement sur elle-même, son visage disparaît sous la chute de longs cheveux. Sa vie, là, fragile ; un cervidé pris dans les phares, face à vous. Tour à tour, fille, femme, femelle, face à vous. Cheveux, coudes, genoux, avant-bras, face à vous. Prédateur, proie, paume de main tournée, dedans, dehors. Leur chemin dans la nuit, dans le noir, sur les notes alanguies, métriques, asymétriques, d’Henry Cowell. Ma tête bascule, elle bascule, on bascule. Des teintes bleues aux photographies jaunissantes déjà. Avant, après. Le corps de l’interprète sculpte et peint l’espace et le temps palpables. Ses métamorphoses, tout interstice empli, font vibrer l’invisible matière de la représentation. Seul, vivant, un corps. Mais il n’est pas l’unique source de mouvement. Quelque chose d’autre bouge. Dans l’ombre, une intuition soudaine vous prend : nous mourrons tous ici ce soir. Imperceptiblement, comme cet accord a trébuché du majeur au mineur, et inversement. Bang. Une explosion va retentir. Un feu d’artifice. Vous comprenez soudain : ce qui a déjà commencé à se produire, s’est en quelque sorte produit de tout temps, continuera vers l’inexorable accomplissement de sa production, de son effet, simple modulation musicale. Vos yeux scrutent le néant. C’est le néant qui bouge. Votre pouls ralentit. Vous pénétrez le cœur des ténèbres. « Toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s'agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l'homme sauvage. » Où la lumière la plus ténue s’impose, indéniable. La composition scénique et sonore de Pierre Pontvianne, l’interprétation de Marthe Krummenacher, le décor de Pierre Treille, les éclairages de Valérie Colas, sont remarquables de minutie, de rigueur et de discrétion. And now, the end is near, la fin de ce texte approche. Les mots passent, les secondes s’égrènent, les années. L’inépuisable mouvement continue. La vie nous observe sans lassitude aucune, droit dans les yeux. Nous étions, vous et moi, dans la salle, en ce début du mois de juillet 2016, le soir où se donnait la première de Janet On 

The Roof, dans une petite salle de la Comédie de Saint-Étienne, lors du festival des 7 Collines. Souvenez-vous, des spectateurs se servaient des programmes de salle comme d’éventails. Quelqu’un allait bientôt se faire tirer dessus. La fête nationale semblait un souvenir lointain. 

David Mambouch

5/08/16 à Lyon 


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